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Pose fenêtre en feuillure : cotes, calage, étanchéité

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Pose fenêtre en feuillure : cotes, calage, étanchéité

La pose d’une fenêtre en feuillure encastre le dormant dans une entaille réservée dans le tableau de maçonnerie. Cette configuration protège le calfeutrement des intempéries, conserve tout le clair de vitrage et exige une prise de cotes au millimètre. Le NF DTU 36.5 encadre le calage, la répartition des fixations et l’étanchéité de cette mise en œuvre.

La feuillure du tableau, l’entaille qui commande le chantier

Une feuillure de tableau est un décrochement rectangulaire réservé dans la baie à la construction, destiné à recevoir le dormant. Le cadre se plaque au fond de cette entaille, son épaisseur en partie masquée par la maçonnerie. Résultat : la ligne extérieure reste fine et l’eau glisse sur le nu du mur avant d’atteindre le joint.

Repérer la feuillure avant de commander quoi que ce soit

Le repérage se fait ouvrant déposé, à la main et à la règle : vous cherchez un ressaut continu sur les deux montants et sous le linteau. Trois indices trahissent la feuillure sur un tableau ancien :

  • un décrochement franc de deux à quatre centimètres entre le nu extérieur du mur et le plan sur lequel s’appuyait l’ancien dormant ;
  • des traces de scellement, pattes rouillées ou tétons de plâtre, alignées au fond du redan ;
  • un tableau dont la cote extérieure dépasse nettement la cote intérieure mesurée au même niveau.

Attention aux fausses pistes : un enduit épais, un vieux cadre bois laissé en place ou une reprise de plâtre créent un relief trompeur. Sondez au burin dans un angle : la maçonnerie sonne plein, l’enduit sonne creux.

Où se situe cette technique face aux deux autres poses

Trois familles se partagent le terrain, et le mur décide. La pose en applique sur doublage isolant plaque le dormant contre la face intérieure du mur, logique dominante en construction neuve. La pose en tunnel dans l’épaisseur du mur glisse le cadre dans un tableau nu, sans entaille ni doublage. La feuillure du tableau, elle, impose sa géométrie : elle existe déjà, vous composez avec.

Quand la pose en feuillure s’impose, et quand elle se refuse

Cette technique reste le réflexe du bâti ancien à murs épais, très répandu dans les maisons de brique et de silex de la vallée de l’Eure. Quatre situations la justifient :

  • une dépose totale de l’ancienne menuiserie, avec une feuillure saine et régulière déjà présente ;
  • une baie exposée aux pluies battantes d’ouest, où le retrait du dormant abrite le joint ;
  • un projet qui veut récupérer le maximum de clair de vitrage, la pose en feuillure évitant le cadre résiduel d’une rénovation partielle ;
  • une façade dont l’aspect extérieur doit rester proche de l’origine, en secteur patrimonial.

Le tableau change quand la maçonnerie fatigue. Renoncez, ou faites reprendre le support avant tout, dans ces cas :

  • feuillure épaufrée, effritée ou percée sur plusieurs dizaines de centimètres, incapable de porter un calfeutrement continu ;
  • profondeur d’entaille insuffisante pour offrir au dormant un appui plan correct ;
  • projet d’isolation thermique par l’intérieur, qui rendra le tableau plus étroit et supprimera l’intérêt de l’entaille ;
  • linteau fissuré ou appui sans pente, deux désordres à traiter avant toute menuiserie neuve.

Tableau de maçonnerie ancienne dont la feuillure apparaît après dépose de l’ancienne fenêtre

Prendre les cotes d’une pose fenêtre en feuillure

La menuiserie se fabrique sur mesure au fond de feuillure. Une erreur de relevé ne se rattrape ni au calage ni au mastic : elle se paie à la livraison, cadre trop grand ou jeu béant.

Les six relevés à noter

Munissez-vous d’un carnet et relevez, dans l’ordre :

  1. la largeur du fond de feuillure, prise en haut, à mi-hauteur et en bas ;
  2. la hauteur de fond de feuillure, prise à gauche, au centre et à droite ;
  3. la largeur et la hauteur du tableau au nu extérieur, qui donnent le recouvrement disponible ;
  4. la profondeur de l’entaille, mesurée en quatre points au moins ;
  5. la hauteur d’allège et la présence d’un appui saillant ;
  6. les deux diagonales du fond de feuillure.

Pour chaque série de trois mesures, retenez la plus petite valeur. Un tableau de 1900 accuse couramment un ou deux centimètres d’écart entre le haut et le bas : c’est la norme, pas l’accident. Le matériel reste modeste, une règle de maçon, un niveau de 60 cm et une équerre, comme le rappelle le récapitulatif des outils de base du menuisier amateur.

Le jeu à déduire et le recouvrement à conserver

Les guides de pose des fabricants de calfeutrement s’accordent sur un jeu périphérique de 5 à 15 mm entre le dormant et la maçonnerie, cette valeur montant à 10 mm minimum pour les menuiseries en aluminium selon les prescriptions du NF DTU 36.5. Ce vide accueille la bande d’étanchéité, absorbe les tolérances du gros œuvre et laisse le profilé se dilater l’été.

Le recouvrement se surveille de l’autre côté. Le NF DTU 36.5 exige une surface d’appui plane d’au moins 28 mm là où le dormant vient sur le gros œuvre, et un recouvrement minimal de 13 mm une fois la menuiserie en place. Sous ce seuil, le joint travaille en porte-à-faux.

Composer avec une feuillure irrégulière

Le bâti ancien réserve des surprises : montant gauche taillé plus profond que le droit, linteau affaissé de quelques millimètres, appui repris deux fois au mortier. Une feuillure irrégulière oblige à raisonner sur la cote la plus contraignante et à rattraper au calage plutôt qu’à la meuleuse. Vérifiez enfin les diagonales : au-delà de quelques millimètres d’écart, la baie est hors d’équerre et le dormant se posera d’aplomb, non parallèle au tableau.

Relevé de cotes au fond de feuillure avec règle de maçon et niveau à bulle

Préparer le support, caler puis fixer le dormant

Comptez une demi-journée par baie, dépose comprise. La préparation absorbe la moitié de ce temps, et c’est elle qui décide de la durabilité.

Assainir le fond de feuillure

Grattez les résidus de mastic, de plâtre et de mousse jusqu’à retrouver la maçonnerie. Le fond de feuillure doit être sec, cohésif et débarrassé de toute pièce métallique saillante. Une zone friable se reprend au mortier, et le séchage se respecte : un support poussiéreux ruine l’adhérence de la bande pré-comprimée comme celle du mastic.

Contrôlez l’appui dans la foulée. Sa pente vers l’extérieur évacue l’eau ; sans elle, la pluie stagne au pied du dormant et finit par traverser, quel que soit le soin apporté au joint.

Caler avant de percer

Présentez le cadre nu, ouvrants dégondés, au fond de l’entaille. Le NF DTU 36.5 impose des cales d’assise de 5 mm minimum en partie basse, imputrescibles et incompressibles, placées à l’aplomb des montants là où les charges se concentrent. Ajustez ensuite les cales latérales jusqu’à obtenir un aplomb conforme à la tolérance de 2 mm/m retenue par la norme, avec des diagonales égales.

Le niveau suit la même logique : la norme tolère au plus 3 mm/m à l’appui, plafonnés à 10 mm, et 10 mm au linteau. Un dormant posé en biais pour suivre un tableau bancal donne des ouvrants qui frottent dès le premier été.

Répartir les fixations selon le NF DTU 36.5

Les pattes de liaison, vissées sur le champ du dormant puis chevillées dans la maçonnerie, s’imposent en pose en feuillure : elles tolèrent mieux un support hétérogène que la vis traversante. La norme fixe le cadre de cette répartition :

  • 0,80 m maximum entre deux fixations consécutives ;
  • une fixation à 0,25 m au plus de chaque angle du dormant sur les montants ;
  • un point d’ancrage à 100 mm maximum des axes de rotation et des points de condamnation des ouvrants ;
  • une distance minimale de 60 mm entre l’axe de la fixation et l’arête du support en béton ou en maçonnerie ;
  • l’immobilisation de la pièce d’appui dès que la fenêtre dépasse 0,90 m de largeur entre dormants.

Deux interdits complètent la liste : aucun percement vertical traversant les traverses basses, et aucune fixation par pointes. La mousse polyuréthane, enfin, n’est jamais reconnue comme moyen de fixation.

Pattes de fixation vissées sur le champ d’un dormant bois calé dans la feuillure

L’étanchéité en fond de feuillure : air, eau et rejet d’eau

L’étanchéité d’une fenêtre posée en feuillure repose sur une barrière périphérique continue, jamais sur un remplissage. La géométrie de l’entaille joue en votre faveur : le joint reste abrité du rayonnement solaire et du ruissellement direct.

Le calfeutrement conforme

Le NF DTU 36.5 reconnaît deux solutions, et deux seulement :

  • la mousse imprégnée pré-comprimée de classe 1 au sens de la norme NF P 85-570, collée sur le pourtour du dormant avant présentation, sans être tendue ni interrompue dans les angles ;
  • le fond de joint en mousse associé à un cordon de mastic élastomère, extrudé puis lissé.

Soudal annonce pour sa bande de classe 1 Soudaband PRO BG 1 une étanchéité à la pluie battante tenue jusqu’à 600 Pa au minimum, avec une expansion qui épouse les défauts du fond d’entaille. La mousse expansive garde un rôle de remplissage isolant côté intérieur, jamais de remplacement.

Le rejet d’eau et la traverse basse

L’eau qui atteint le joint doit repartir. Vérifiez la continuité du rejet d’eau de la traverse basse, son débord au-dessus de l’appui et le dégagement des trous de drainage. Le NF DTU 36.5 demande que chaque traverse basse supporte une charge ponctuelle additionnelle de 100 daN sans altération, ce qui interdit de la percer verticalement pour la fixer.

Le cas du volet roulant

Un coffre intégré posé en feuillure du tableau consomme de la hauteur sous linteau. Cette perte se déduit du clair de vitrage avant la commande, sinon la baie s’assombrit. Contrôlez que l’entaille reste continue derrière le coffre pour porter le calfeutrement haut, et anticipez le passage de l’alimentation quand la motorisation est prévue, y compris sur les modèles autonomes du volet roulant solaire en rénovation.

Les erreurs coûteuses et le contrôle avant réception

Les reprises de chantier tournent presque toujours autour des mêmes fautes :

  • commander la fenêtre sur la cote de tableau extérieure au lieu du fond d’entaille : le cadre arrive trop grand de plusieurs centimètres ;
  • meuler la feuillure pour faire entrer un cadre surdimensionné, ce qui détruit le recouvrement du joint ;
  • oublier les cales d’assise sous la traverse basse : le dormant s’affaisse, les vantaux talonnent ;
  • utiliser la mousse expansive seule, comme étanchéité et comme calage ;
  • espacer les fixations au jugé, loin des axes de rotation et des points de condamnation ;
  • serrer les vis à refus, cintrer les montants et bloquer la crémone.

Le contrôle de réception tient en dix minutes, niveau et règle en main : aplomb et niveau dans les tolérances, diagonales égales, jeu régulier entre ouvrant et dormant, manœuvre douce de la crémone, calfeutrement continu, drainage dégagé.

Un bricoleur méthodique vient à bout d’une baie dont la feuillure est saine, régulière et accessible de plain-pied. Le chantier bascule côté professionnel dès que le support se dégrade : entaille épaufrée, linteau à conforter, appui à recréer, bloc-baie lourd à manœuvrer. Un menuisier à Louviers engage sa garantie décennale sur l’étanchéité d’une pose en feuillure, couverture qu’aucun chantier mené soi-même n’apporte.

Prochaine étape : déposez un ouvrant, relevez vos six cotes au fond de feuillure et vérifiez les diagonales. Ce quart d’heure décide de tout le reste du chantier.